Instabilité de l’épaule

L’épaule est l’articulation la plus souple du corps. La forme des os (omoplate plane et humérus semi-sphérique) permet de grandes amplitudes dans différentes directions. Pour qu’elle reste stable, il existe plusieurs ligaments qui vont maintenir ces os en contact.

La perte de la stabilité de l’épaule se traduit :

  • soit par des douleurs avec sensations de déboîtement imminent.
  • soit par des subluxations (déboîtements que l’on peut remettre en place soi-même).
  • soit par une luxation vraie que l’on ne peut réduire sans aide.

L’instabilité peut être favorisée par une hyperlaxité ligamentaire ou par un traumatisme. Elle est caractérisée par sa direction : antéro-interne dans la majorité des cas, postérieure plus rarement, exceptionnellement inférieure.

Les récidives sont d’autant plus fréquentes que le premier épisode survient chez un patient jeune, hyperlaxe, pratiquant des activités sportives ou professionnelles à risques, ou s’il existe une fracture associée importante.

Les luxations peuvent s’accompagner d’une fracture de l’omoplate ou de l’humérus. Survenant après 40 ans, elles peuvent léser les tendons de la coiffe des rotateurs. De même, les luxations répétées favorisent l’arthrose de l’épaule.


Traitements

Instabilité sans luxation

Les premiers épisodes seront traités par de la rééducation, et une adaptation du geste sportif ou professionnel. Si la gêne persiste, une intervention chirurgicale peut être envisagée.

Luxation

L’articulation étant « déboîtée », il faut la remettre en place. Dans la grande majorité des cas, cela est possible aux urgences avec des antalgiques et de la relaxation.

En cas d’échec ou de fracture importante, une anesthésie générale peut être nécessaire. Une immobilisation est ensuite mise en place pour protéger l’épaule, dont la durée dépend de l’âge, du nombre de récidives et d’une éventuelle fracture associée.

Stade d’instabilité chronique

En cas de récidives, un traitement chirurgical peut être proposé pour stabiliser l’épaule.

Il existe deux techniques principales :

La butée osseuse

C’est la référence en France, particulièrement indiquée chez le sujet jeune pratiquant des sports de contact. Elle nécessite :

  • une hospitalisation d’environ 3 jours,

  • une anesthésie générale,

  • une ouverture sur le devant de l’épaule.

Un fragment de l’omoplate est transféré en avant de l’articulation et maintenu par 1 à 2 vis.

  • Une attelle est portée environ 1 mois (selon la douleur).

  • La rééducation débute dès le lendemain de l’intervention et se poursuit jusqu’à récupération complète.

  • Certains mouvements sont limités au début pour permettre la cicatrisation.

  • Le renforcement musculaire débute vers 3 mois, les sports de contact vers 6 mois.

La capsuloraphie

Cette technique consiste à retendre les ligaments au bord de l’omoplate. Elle est généralement réalisée sous arthroscopie. Elle est plutôt indiquée chez des patients de plus de 30 ans, ne pratiquant pas de sport à risque traumatique.

En cas de fracture-tassement de la tête humérale (encoche de Malgaigne), on peut associer une suture des tendons de la coiffe des rotateurs (technique de remplissage).

Les suites sont identiques à celles de la butée.

La présence d’une fracture ou de lésions tendineuses associées peut modifier la prise en charge. Chaque cas étant spécifique, la technique et la rééducation sont adaptées à chaque patient.


Complications possibles

Il n’existe pas d’acte chirurgical sans risques. Les complications peuvent être :

  • Raideur (notamment en rotation) : nécessite une rééducation rigoureuse.

  • Algodystrophie / capsulite rétractile : douleurs inhabituelles, main gonflée, transpiration puis raideur ; évolution lente (6 à 24 mois), séquelles possibles.

  • Résorption ou défaut de fusion de la butée : pas toujours péjoratif mais récidive possible.

  • Saignement / hématome : souvent résolutif en quelques jours, plus fréquent sous anticoagulants.

  • Retard de cicatrisation : favorisé par le diabète, les troubles circulatoires, le tabac.

  • Infection post-opératoire : douleurs anormales, rougeur, fièvre → peut nécessiter antibiotiques, soins locaux ou reprise chirurgicale.

  • Lésions nerveuses : fourmillements, baisse de sensibilité, souvent transitoires, parfois persistants.

  • Lésions tendineuses : rupture possible avant/pendant/après l’intervention, par fragilisation due au traumatisme ou au geste chirurgical.

  • Déplacement du matériel : vis cassée ou mal positionnée, nécessitant parfois une reprise pour éviter l’arthrose.

  • Réactions allergiques : au latex, aux antibiotiques, au matériel implanté ou aux pansements.

  • Complications anesthésiques et liées aux traitements médicaux : pouvant engager le pronostic vital.

  • Récidive : inhabituelle mais jamais totalement exclue.

En cas de complication, une ré-intervention peut être nécessaire. Une intervention peut également être annulée le jour même en cas de circonstances exceptionnelles.


Informations complémentaires

Votre chirurgien est le mieux placé pour répondre à toutes les questions que vous pourriez avoir avant ou après l’intervention. Cette fiche d’information n’est pas exhaustive : chaque cas est particulier. N’hésitez pas à lui en reparler avant de prendre votre décision.